COOL, le magazine de la co-location
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A Bruxelles, il existe une «colocation extra-ordinaire ». Edouardo et Nathalie, tous deux trisomiques et très autonomes, partagent leur quotidien avec deux colocataires « valides ». Le résultat ? Une colocation inclusive, fondée sur des valeurs (énoncées dans une charte signée par chaque colocataire), des échanges quotidiens, de la bienveillance… Bref une colocation vraiment extraordinaire.

Rencontre avec Thierry, le père d’Edouardo et co-fondateur de cette colocation pas comme les autres.

Faire face au manque de solutions satisfaisantes

COOLOC : Comment s’est mise en place cette colocation inclusive ?

Thierry della Faille : Beaucoup de parents sont dépourvus lorsqu’ils doivent penser à l’hébergement et aux activités de leurs enfants ayant un handicap mental. Soit ils font appel à des institutions publiques – si elles existent- soit ils se tournent vers les initiatives privées … Ou alors, ils remontent leurs manches et créent eux-mêmes une solution d’hébergement.

En Belgique, il existe très peu d’hébergements adaptés au potentiel de nos enfants Edouardo et Nathalie. Il existe bien sûr des structures comme l’Arche. Mais pour y être hébergé, il faut y être présent tous les jours, de jour comme de nuit.

Trouver l’hébergement adapté pour les enfants

COOLOC : Quelles sont les activités d’Edouardo et de Nathalie ?

Thierry della Faille : Edouardo, un jour et demi par semaine, se rend à son atelier au CREAHM avec une troupe de danseurs contemporains. Ils se produisent dans des centres culturels. Il participe, le reste du temps à des ateliers créatifs Indigo, pour préparer d’autres spectacles parfois relativement importants.

Il a fait 8 ans de cirque, ce qui lui a permis de se produire dans de nombreuses villes à l’étranger : Toulouse, Belgrade, Turin, Beauvais. Sans oublier les Pays Bas et, bien sûr, très souvent dans des théâtres à Bruxelles et à Namur. Avec sa troupe de danse, il a été jusqu’à participer à Séoul à un festival de danse contemporaine pour des personnes différentes.

Nathalie a travaillé au restaurant, le 65 Degrés à Bruxelles, en salle et en cuisine. Elle a travaillé également chez un traiteur près de chez elle. Par ailleurs, elle a pris des cours de tennis, elle fait de la natation. Elle a un don extraordinaire pour le dessin et la BD. Elle fait aussi du théâtre également au CREAHM. Dans un centre de jour classique, ni l’un ni l’autre ne se seraient jamais autant épanouis.

Restait le problème de l’hébergement. Il existe des appartements supervisés. Mais la supervision au quotidien parfois laisse à désirer. Les résidents se nourrissent n’importe comment car ils ne sont pas très encadrés. Nous voulions, pour nos enfants un environnement plus stable. Aussi, nous avons pris notre courage à deux mains pour mettre sur pied une « colocation extraordinaire ».

Colocation oui, maternage, non !

COOLOC : Comment s’organise la colocation dans la « petite maison » ?

Thierry della Faille : Nous, les parents, nous louons une maison, de 4 chambres, dont sont 2 occupées par des étudiants. Nous choisissons des étudiants bienveillants et ayant une fibre sociale. Il s’agit souvent d’étudiants français qui viennent étudier la médecine en Belgique Ils nous semblent qu’ils ont une fibre sociale plus développée.

Mais il n’est pas question de materner Nathalie et Edouardo. Eux veulent partager une expérience extraordinaire de colocation. C’est très enrichissant, car très inclusif !

En ce moment, nous avons deux étudiantes. L’une est de Toulouse et fait un master de psychologie à Bruxelles. L’autre est de Roanne et est venue faire ses études de pharmacie en Belgique. Toutes deux ont fait leur service civique, ce sont autant d’éléments qui nous rassurent.

Assurer la stabilité et la convivialité

COOLOC : Les colocataires ont-ils un rôle spécifique auprès d’Edouardo et de Nathalie ?

Thierry della Faille : Nous demandons aux colocataires de participer à la préparation du diner du lundi au jeudi et de prendre les repas ensemble. Cela permet d’assurer la convivialité et la stabilité dans la colocation.

Le matin, Edouardo et Nathalie se débrouillent seuls pour préparer leur petit déjeuner et s’habiller. Ils sont très autonomes. Ils prennent les transports publics, vont à l’autre bout de la ville sans problème.

Nous veillons à ne pas rendre la tâche trop lourde pour les colocataires. Edouardo et Nathalie passent les week end en famille. Ils arrivent le lundi et repartent le vendredi. Les colocataires eux restent dans la maison le week end. En revanche, la présence d’au moins un colocataire est nécessaire quand Nathalie et Edouardo sont là.

Nous, les parents, vivons à 150 m. Mais jamais nous n’avons eu à intervenir. Nous voulons augmenter l’autonomie de nos enfants Et cela passe aussi par la colocation.

Nous entamons notre 4e année, et jusqu’à présent, ce compromis colocataires – parents tient la route.

Un objectif personnel

COOLOC : Comment Edouardo et Nathalie ont-ils accepté l’idée de vivre en colocation ?

Thierry della Faille : Lui et Nathalie se sont montré enthousiastes. En tant que parents, nous leur faisions confiance à tous les deux. Edouardo s’était fixé comme objectif de vivre hors du foyer familial à 35 ans. Finalement, il en avait 33, lorsque la colocation s’est montée.

Pendant les 15 premiers jours dans la maison, Edouardo et Nathalie étaient un peu inquiets. Et nous, les parents, nous sommes allés dormir à tour de rôle dans la colocation pendant un mois pour qu’ils s’habituent.

Aujourd’hui, les enfants sont heureux car ils ont un autre cadre de référence que le foyer familial.

La gestion des conflits

COOLOC : Vous n’avez jamais craint de mésententes dans la colocation ?
Thierry della Faille : Edouardo et Nathalie sont toujours partants et enthousiastes. Avec eux, on sait que ça se passera bien. Même s’ils n’ont aucun lien de parenté, ils s’entendent vraiment très bien. Et chacun d’eux mène sa barque comme il l’entend. Entre parents, nous nous entendons aussi très bien.

Nous sommes davantage vigilants aux relations entre les deux colocataires. Pour nous, c’est là que réside l’inconnu. Il nous est arrivé d’avoir un problème une fois, non avec Edouardo et Nathalie mais entre les deux colocataires. Il y avait une sorte de compétition dans la bienveillance. L’une se sentait plus maitresse de maison, et les maternait davantage. D’où la nécessité de faire un casting rigoureux dès le départ.

Maintenant, lorsque nous trouvons un premier colocataire, nous veillons toujours à ce qu’il s’entende bien avec le second.

Les leçons à tirer de la colocation extraordinaire

COOLOC : Quelles leçons tirer de la colocation inclusive ? Est-ce un modèle à dupliquer sur le modèle de Fratries en France ?

Thierry della Faille : Dans les pays nordiques, ou aux Pays Bas, le concept est infiniment plus développé. Au Pays-Bas par exemple, le gouvernement a développé les Thomas Huizen. Il y en a 3 en Flandres. Ces colocations accueillent des adultes avec un handicap mental léger. Un couple réside sur place dans un appartement privé. Il a un rôle de community manager et supervise la colocation. Le couple est rétribué par le gouvernement pour ce travail.

De notre côté, notre colocation extraordinaire tiendra le temps qu’il faut, toujours en partant du principe qu’il faut des échanges et de la bienveillance.

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